Je me promène entre littérature, poésie et arts numériques. Si je veux être honnête, la seule chose qui m’anime réellement à créer, c’est la possibilité de me libérer de la noirceur qui m’habite, de révéler et de me révéler les parties de moi oubliées. Mon but est de faire des ponts entre passé et présent et de relier chacun à sa beauté sauvage. J’espère connecter l’inconscient de l’autre pour qu’à son tour, quelque chose en lui s’agite.

Mes mots sont images. Mes images sont mots.

Mes influences poétiques découlent du poème dada[1], du cadavre exquis[2] et de l’OuLiPo[3]. Graphiquement, je tends à concevoir des univers étranges et invitants.

Dans mon travail d’écrivaine,  la quête de soi et de l’acceptation de sa propre différence sont mes thèmes principaux. J’écris pour que les personnages se révèlent à eux-mêmes et au lecteur en essayant de me tenir loin du jugement et de la morale. La réécriture a une place prépondérante. J’appelle cela Faire de la dentelle. Je cisèle mon style, joue avec les mots, leurs sons. Avec eux, je cherche à toucher le lecteur dans sa partie la plus personnelle. Car pour moi, les mots sont des icebergs. 99% de leur signification est invisible. Les émotions contenues sous chacun d’eux sont autant de portes secrètes pour rejoindre le lecteur et débuter avec lui une conversation authentique.

Quand je crée pour les adultes, je n’hésite pas à sauter la clôture des disciplines artistiques. Depuis 2015, je passe de l’écriture de poèmes dans un carnet à une boîte à poèmes mise à la disposition des passants dans son quartier au site internet de poésie géolocalisée Mes mots, mon quartier et à l’installation poético-numérique interactive Les petites curiosités de madame Chose.

J’utilise l’expérience hors livres pour faire vivre ma poésie. J’expérimente ainsi de nouvelles formes d’édition et développe une relation différente avec le public. Avec mes derniers projets poético-numériques, ma pratique est de plus en plus racinée dans le rapport à l’autre, dans son implication. Jouer avec le rôle du récepteur m’intéresse beaucoup. Je cherche toujours des moyens pour que le public soit à la fois récepteur et acteur dans une œuvre. Lui octroyer une place de choix crée une relation plus intime entre lui et l’œuvre, et par le fait même me demande de penser la place de l’autre en amont de mon processus de création et donc de l’intégrer à mon travail préparatoire.

Que ce soit avec de mots, des images ou une installation, la poésie est toujours présente dans mon travail. Elle est l’expression la fidèle de ce qui m’habite. À travers mes œuvres, je souhaite que celui qui regarde, entend ou lit se relie à sa part la plus secrète. Car pour moi, la poésie connecte les êtres – en eux et entre eux – et met en lumière des espaces intimes tus.

[1]courant intellectuel, littéraire et artistique du début du XX e siècle, qui se caractérise par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques (ref. Wikipédia)
[2] Procédé de création littéraire ou graphique issu du surréalisme  (mouvement littéraire et artistique né après la Première Guerre mondiale qui succède au dadaïsme). https://www.etudes-litteraires.com/surrealisme.php
[3] L’Ouvroir Littéraire Potentiel, mouvement littéraire créé en 1960 par Raymond Queneau et  François Le Lionnais qui joue avec les contraintes d’écriture.


Extrait de l’émission Dans la Vallée… diffusée à TVR9, la télévision de la Vallée-du-Richelieu.
Réalisation: Robert Laplante. Entrevue: Myriam Kessiby. Informations: TVR9.com  Épisodes complets: vimeopro.com/tvr9/dans-la-vallee